Rappelons ce que nous ont appris les différentes écritures précédemment étudiées.
- L’écriture a besoin de la perception visuelle pour
prendre connaissance du réel avant de pouvoir
saisir le sens des mots.
Perception de la réalité.
Interprétation du texte.
- D’autre part, l’écriture transcrit également ce que perçoit l’ouïe, en traduisant les sons de l’élocution en symboles graphiques.
Quant à l'information transmise par la parole, si elle a besoin de l’ouïe pour être reçue, elle ne peut être vraiment comprise qu’à la condition d’avoir préalablement été vue. La vision apparaît donc comme un
sens prédominant car elle va permettre de savoir quel danger survient et de réagir avant qu’il ne soit trop tard.
Transmission de l'information par la parole.
La vision va permettre aussi de
reconnaître le moindre détail dans les attitudes, la gestuelle et les comportements du vis-à-vis. Dans le monde animal,
la survie en dépend.
On peut donc affirmer que chaque sens apparaît en fonction de la nécessité.
Ainsi une paramécie aura besoin d’un sens qui se rapproche de notre sens du toucher pour réagir par rapport aux molécules environnantes.
De même, par leurs antennes, les insectes vont saisir les vibrations du sol, toucher et capter les odeurs pour être informés de l’approche d’un possible danger et y échapper.
Toutefois, la vision est apparue très tôt dans l’évolution des espèces, car il était indispensable de reconnaître la vraie nature d’un danger.
Chez l’être humain, on découvre les
principales étapes de l’apparition des sens dans le développement du fœtus.
La première cellule du fœtus a tout d’abord besoin d’un support nourricier où s’implanter. Les différents organes des sens apparaissent par la suite :
- Le toucher (contacts avec l’utérus),
- Le goût et l’odorat (molécules odorantes) par le liquide amniotique,
- L’ouïe (battements du cœur et bruits digestifs de la mère).
Son vécu intérieur va évoluer et une partie de
son avenir se prépare en fonction de tous ces paramètres : son goût va être orienté, et les situations vécues par la mère vont le stresser ou l’apaiser, sans qu’il puisse déterminer toutefois la véritable cause de ces nombreuses sensations
[cf : L'univers sensoriel du foetus].
C’est seulement
après la naissance qu’il va voir le monde et le ressentir. Quinze mois plus tard, il va pouvoir le décrire parce qu’il a appris les mots qui désignent chacune de ces choses qu’il a découvertes et continue de découvrir.
Ainsi, nous constatons que l’enfant, grâce à ses différents sens, est avant tout
connecté avec la réalité .
Mais pourquoi donc cette étude de l’écriture et du langage qui semble n’avoir aucun lien avec une étude des rêves ?
Cela nous a permis tout d’abord de saisir que le langage, quels que soient son organisation et son niveau d’abstraction, n’a qu’
un seul objectif : communiquer des images et des situations, en dehors de tout contact direct avec la réalité.
Pour l’auditeur comme pour le lecteur, le monde n’est pas vécu :
il est imaginé.
Nous avions d’ailleurs constaté que, tandis que ses graphismes quittaient le monde des images, l’homme quittait également le monde de la vie naturelle pour la vie en société. Tout son environnement a ainsi changé.
Les sens priment dans le monde naturel. |
La pensée est dominante dans le monde transformé par l’homme. |
De plus, parole et écriture servant avant tout à communiquer ce que l’on voit, la vision apparaît comme le sens le plus important, puisque c’est elle qui
détermine les informations à communiquer. En même temps,
la réalité s’altère tandis que la communication se diffuse.
Altération de la réalité par le langage.
Or, la vision, qui permet avant tout de découvrir le monde et d’y adapter son comportement, avant que le langage ne la transforme, constitue
l’essentiel du contenu du rêve.
Il s’agit donc du premier élément qui va nous permettre de comprendre le sens du
rêve.
La réalité impose une adaptation immédiate.
Cependant, si on émet l’hypothèse que les images du rêve décrivent le
monde naturel, l’homme, en quittant ce dernier, n’a-t-il pas perdu l’élément essentiel qui pourrait lui permettre de comprendre les images qui se bousculent dans son imagerie nocturne ?
Nous allons donc poursuivre notre cheminement vers le passé pour saisir comment l’homme, ses cousins primates (ceux qui rêvent) et, d’une manière générale, le monde animal,
perçoivent le monde et
communiquent avec leur environnement.
Pour cela, nous allons commencer par étudier la richesse et les lacunes de la communication humaine, richesse que l’être humain a hérité de ses ancêtres, et dont il n’a pas toujours conscience.
« Le langage a pour fonction de communiquer une information.
L'écriture, apparue ultérieurement, a pour fonction de conserver cette information,
qu'elle soit fausse ou avérée. »
1 - La communication de l'homme moderne ou homo insensatus :
A - Le langage verbal, un langage abstrait propre à l’homme ?
Jusqu’à présent, l’homme n’est pas encore parvenu à déchiffrer
de façon rationnelle les situations vécues en rêve.
Les progrès réalisés dans une communication
de plus en plus abstraite en seraient-ils la cause et auraient-ils eu ainsi des effets indésirables ?
La capacité d’abstraction permet à l’homme, nous l’avons vu, d’anticiper un avenir et de s’y préparer. Mais elle lui permet aussi de diffuser des
informations trompeuses.
Ainsi,
l’abandon fréquent de la réalité des faits caractérise sa communication actuelle. En dehors du domaine de la recherche scientifique, nombreux sont ceux qui ont adopté le langage de la manipulation qui est, dans le monde animal, une communication de sauvegarde.
Le langage, permet à l’homme de communiquer sa vision de la réalité, ou ce qui demeure hors de sa vue. Comment l’auditeur va-t-il recevoir l’information et l’interpréter ?
En effet, si le langage a facilité la relation au sein de groupes humains solidaires, ces groupes, en se différenciant de plus en plus, sont devenus
étrangers les uns aux autres, rivaux et trop souvent ennemis.
La société, ainsi, a favorisé le développement du langage, puis elle l’a structuré.
Il a alors contribué à structurer la pensée comme on l’observe actuellement au sein de communautés rivales qui confrontent des certitudes opposées, en dehors de toute réalité.
De même l’écriture, si utile lorsqu’elle est conforme à la réalité, peut s’avérer néfaste
lorsqu’elle fixe une connaissance qui appartient définitivement au passé.
Certes, l’écriture n’est pas à l’origine de ces dérives, elle s’est contentée de fixer, dans le temps, des connaissances incomplètes ou des faits historiques mal compris. Ecriture et langage verbal ont donc quitté le monde des images et de la vie pour entrer dans celui des pensées et des raisonnements souvent fallacieux :
ce n’est donc pas dans cette direction que nous pourrons trouver une réponse à la signification des rêves.
Tout progrès nécessite de renoncer aux certitudes ou connaissances du passé : les développements de l’astronomie nous ont fait abandonner la place de la terre au centre de l’univers, et dans le domaine de la biologie, la recherche récrit aujourd’hui tout le fonctionnement du système immunitaire.
Le cerveau lui-même n’échappe pas à cette règle : c’est ainsi qu’une région d’abord dédiée à la reconnaissance des visages a dû
se reconvertir dans la
reconnaissance de l’écriture.
Reconnaissance des visages et de l’écriture.
On constate aussi, dans d’autres domaines, que l’attrait du pouvoir et de l’argent a
fait disparaître toute capacité d’empathie, ce qui mène à la mort des millions d’hommes. Cette pathologie, négligée aujourd’hui est manifeste chez certains hommes d’état, et chez des peuples devenus incapables de porter secours, soit qu’ils soient trompés par l’information reçue ou simplement attachés à leur confort.
Pour autant, le langage verbal, et sa transcription graphique, est-il le seul langage dont dispose l’homme ? D’autres signaux, sonores (sifflets, tamtam) ou visuels (signaux de fumée), montrent que la communication n’est
pas liée à la seule parole.
Notre cerveau a subi une forte évolution pour parvenir au langage et à l’écriture. Il a dû
renoncer à certaines fonctions, en créer d’autres. Il a dû trouver la force de
contrôler des forces émotionnelles, jugées bien souvent incompatibles avec les règles de la collectivité,
au détriment des besoins individuels.
Quels sont ces moyens d’expression perdus, ou entreposés dans ce que l’on nomme l’inconscient ? Si nous les retrouvions, ne pourraient-ils redonner sens à nos rêves ?
Il va donc nous falloir remonter plus loin encore, vers les origines de la communication pour comprendre le sens profond du
sommeil paradoxal et de son langage, celui des
images des rêves.
Car ce qui importe, ce n’est pas l’écriture, un propre de l’homme que l’on retrouve bien peu dans les rêves.
Ce n’est pas davantage le langage.
Ce qui importe pour
comprendre les rêves, c’est la communication établie avec le monde
avant l’apparition du langage, une communication reliée aux seules nécessités de la vie.
C’est cette forme de communication que nous avons pu
retrouver chez l’enfant avant qu’il n’accède au langage, car la science nous a appris quelles étaient ses capacités naturelles d’expression (a) et sa compréhension du monde (b) :
a - L’imitation,
- Le calcul,
- Les émotions,
- Le sens moral,
- L'empathie,
- La compréhension du langage corporel
(/livre4-page/02-capacites.html)
b - Une grammaire innée,
- Une intuition des lois mathématiques,
- Une intuition des lois physiques,
- Une perception intuitive des lois du monde vivant,
- Un raisonnement qui utilise les statistiques,
(livre4-page/04-pensees.html)
Ce qui est réel attire. |
Ce qui est invraisemblable surprend. |
Tout cela
avant trois ans, bien avant qu'il se montre capable de parler et d’
acquérir les connaissances d'autrui ; et surtout,
avant qu'il ne développe les capacités d'inhibition qui lui permettront de s'intégrer définitivement dans son groupe social, à partir de 12 ans, oubliant peu à peu qui il est et d'où il vient.
Or, cette forme de communication de l’enfant a été sélectionnée par l’évolution. Ne serait-il pas possible de la retrouver chez nos ancêtres et même chez l’animal ?
« L’écriture a besoin de la vision pour saisir la situation décrite.
La parole a besoin de l’audition pour saisir la situation expliquée.
Vision et audition sont à l’origine de la communication. »
B - Le langage non verbal d'« Homo insensatus » :
Sans qu’il en ait conscience, l’homme possède aussi un langage non verbal qui regroupe de nombreuses autres formes de communication.
Ces différentes formes recouvrent tout échange qui n’a pas recours à la parole. Elles reposent sur un ensemble de mouvements du corps (postures, gestes), sur les expressions faciales, le regard (clin d'œil complice, regard appuyé ou fuyant…), la distance physique entre individus, et même sur la tenue vestimentaire et le lieu de la rencontre.
Elles comprennent également des signaux émis lors de la communication vocale : ces signes comprennent les traits prosodiques (comme l'accent, le ton, l'intonation, le rythme et le débit, qui influencent l'expression orale) ; n’oublions pas les onomatopées (mots qui imitent phonétiquement un son, comme « miaou » pour un chat), le rire, la toux, etc…
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L’expression émotionnelle délivrée par le roman n’est pas livrée directement au lecteur.
Dans le langage, l’expression émotionnelle est délivrée par les intonations.
Reprenons quelques unes de ces formes du langage non verbal.
a – La gestuelle :
Inconsciente la plupart du temps, elle semble solidement ancrée dans notre communication.
Le plus souvent
les gestes, qui interviennent pour soutenir la parole,
reflètent nos pensées, en particulier les gestes de nos mains, lorsque nous nous adressons à un interlocuteur.
La plupart du temps inconscients, ces gestes sont innés ; même les personnes
aveugles de naissance font des gestes, alors qu'ils n'ont jamais eu l’occasion de les observer et de les reproduire.
Cependant, le fait que des aveugles fassent des gestes en parlant semble indiquer que ce n’est pas toujours pour être mieux compris que nous faisons de tels gestes.
Bouger les mains en parlant est donc un automatisme dont le locuteur
n’a guère conscience, de même qu’il n’a pas conscience des mouvements d’autrui et de leur importance. Toutefois, certaines circonstances permettent de remettre en valeur cette gestuelle : ainsi, le militaire au combat, contraint au silence, aura son attention focalisée sur chaque geste de ses frères d’armes, et sur le moindre mouvement alentour.
Ces gestes et mouvements divers, qui échappent à la perception du locuteur, sont à même d’
influencer la compréhension du destinataire.
Leur importance, a été mise en évidence grâce à une étude menée sur les discours de Fiorello Henry LaGuardia, maire de New York City de 1934 à 1945. Il parlait couramment 6 langues : l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol, l’italien et le yiddish, utilisées par ses administrés.
Après en avoir
coupé le son, les films de tous ses discours ont été passés à un auditoire composé des représentants de ces différentes communautés. Chaque groupe a reconnu sa langue, parlée par le maire, à la seule projection des images.
Cela semble indiquer que le langage gestuel, dès la petite enfance, subit l’
influence du contexte social (
le oui et le non de la tête par exemple, et qu'à chaque langue est associé un langage corporel (gestes, mimiques, et postures) caractéristique de cette langue.
Deux modes de perception complémentaires sont ainsi mis en évidence :
- l'un qui
reconnaît le langage,
- l'autre qui perçoit et
ressent, et qui nous échappe.
Ces modes de perception résultent de deux formes d’activité cérébrale qui se complètent :
- Une activité consciente qui reconnaît le langage et en interprète chaque mot,
- Une activité inconsciente qui, en dehors du langage,
analyse chaque élément de la situation et va,
à la demande, délivrer à la conscience le résultat de son analyse.
Chaque auditeur va alors interpréter le discours en fonction de sa capacité d’observation.
- Certains, conscients de ce travail souterrain du cerveau,
sauront le favoriser : le résultat souhaité apparaîtra alors à la suite d’une pose, volontaire ou nécessaire, qui permet à la pensée inconsciente d’effectuer son travail d’analyse et de tri en dehors de toute influence de la pensée rationnelle.
- Pour d’autres, le résultat de cette activité surgira de façon presque magique et sera appelé intuition,
- Mais pour d’autres encore, la pensée rationnelle demeurera
soumise au fonctionnement collectif dominant.
Nous aurons là les influenceurs et les influençables, diffusant sans limite de fausses informations, car incapables d’exercer leur esprit critique et d’échapper au pouvoir de la pensée dominante.
En 2022, pour répondre à la question de la place de la gestuelle dans le langage, les psychologues de l’université d’Australie ont demandé, à des Australiens et des Wanuatais, de communiquer entre eux, un groupe le faisant par
gestes, et l’autre par
vocalisations non verbales.
Les gestes se sont avérés les plus efficaces pour la communication.
Une expérience similaire a été menée
avec le concours d’aveugles : ils devaient s’adresser à des étudiants voyants, de la même manière que les Australiens et Wanuatais. Là encore, la gestuelle s’est montrée la plus efficace. Cela a permis de conclure que les gestes expriment l’idée mieux que les sons.
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, l’importance des
déplacements analysés par la vision (le regard des êtres vivants et leurs déplacements ayant structuré les débuts de l’écriture). La gestuelle a pu elle aussi constituer le support de l’établissement des règles grammaticales du langage.
Texte.
Texte.
Complément.
Pourquoi une telle importance des gestes et des comportements ?
Pour le comprendre, il faut situer
l’intérêt de chaque sens pour la survie.
Pour un gibier menacé, le toucher est peu efficace : lorsque le prédateur atteint sa proie, il est
trop tard.
L’odorat ne peut lui indiquer le danger que dans
une direction, celle des effluves apportés par le vent.
Grâce à l’ouïe, le gibier menacé peut savoir
d’où vient le danger. Il peut même
évaluer la distance, mais comment savoir à quoi il ressemble s’il n’a pas eu l’occasion de le voir ?
Audition..
Seule la vision permet d’accéder à
tous les paramètres, y compris qu’un prédateur est repus et ne présente aucune menace.
Vision.
L’analyse du développement des enfants nous a été, une fois de plus, d’un grand secours.
Mouvement, toucher et audition apparaissent in utero. La vision ne survient que peu après la naissance. C’est la période évolutive du tout petit où l’on observe le phénomène de
résonance puis celui d’imitation.
En reproduisant le comportement de son entourage, le nouveau-né
constate les réactions qu’il déclenche et
met ainsi en place les premiers éléments de sa future capacité de communication.
Tests d’imitation par le psychologue Andrew N. Meltzoff.
Dès la naissance, ses vocalises sont un langage que la mère comprend immédiatement, car elles évoquent généralement un mal-être chez le nouveau-né, par exemple la faim.
De même,
ses mouvements vont très vite
devenir un langage : ceux de la tête et la direction de son regard indiquent ce qu’il regarde ; le bras tendu vers un objet révèle un grand intérêt. auquel il faut prêter attention.
De plus, la
capacité d’imitation du nouveau-né va lui permettre de saisir le lien entre le sourire de la mère et la caresse qui l’accompagne. En reproduisant les pleurs d’un autre bébé, il pourra observer les réactions de l’entourage.
Ainsi, dans ses premières tentatives de communication, le nouveau-né en vient à combiner deux méthodes :
- le
langage des gestes qu’il possède déjà et qu’il va enrichir de ceux de son entourage,
- le
langage verbal qu’il apprend peu à peu pour se faire comprendre.
Nous assistons alors à l’effacement progressif du premier langage, celui des gestes lequel appartient aussi à nos frères animaux.
Or, il s'avère que
le langage du rêve est un langage de gestes, de mouvements et de situations...
C’est pour cela que nous ne parvenons plus à le comprendre lorsque nous atteignons l'âge adulte.
Les chercheurs nous ont fait aussi découvrir que tout est geste, car même l’émission de sons nécessite des mouvements moteurs.
Ils nous ont également appris que, lors de l’apprentissage, les gestes des enfants suggèrent souvent une
meilleure façon de résoudre les problèmes que les paroles, indiquant que
l'intelligence qui s'exprime en actes est bien antérieure à celle qui communique par la parole.
Ces expériences révèlent que lorsque l'enfant apprend à relier le sens du geste et celui du mot,
le langage doit être en concordance avec ce qu’expriment les gestes.
Le geste s’avère être ainsi un
langage à part entière. Il complète le langage de tous les mouvements qui existent dans le monde de la vie aussi bien que dans celui de la matière (avalanche qui dévale la pente, arbre qui s’abat dans la tempête…).
Grondement d’une avalanche masquée par une haie d’arbres.
Présent chez l’homme dès sa plus tendre enfance, la compréhension du geste a
peu à peu régressé chez l’adulte avec l’acquisition de nouvelles règles de comportement.
Pourtant, en tant que premier moyen de communication, le geste conserve sa capacité
à compléter les informations apportées par le langage verbal.
b – L’expression du visage et les émotions :
En 1972, le psychologue américain Paul Ekman établit l’existence de six
émotions primaires universelles (colère, dégoût, joie, peur, tristesse, surprise) qui s’expriment sur le visage. 20 ans plus tard, il y ajoute le mépris. Pour lui, ces émotions ne sont pas déterminées par la culture, mais par la biologie.
Au début de l’année 1990, ses travaux le conduisent à répertorier des émotions secondaires : l'amusement, le plaisir des sens, le contentement, le soulagement, la fierté, l'embarras, la satisfaction, l'excitation, la haine, la culpabilité, la honte.
Toutefois, on pourrait signaler la froideur ou l’indifférence qui induisent un contrôle des émotions. Ce contrôle, développé par nécessité, est une force lorsqu’il s’agit de se protéger, mais il constitue une faiblesse psychologique lorsqu’il consiste à interdire toute expression.
En 1994, dans son livre, « L’Erreur de Descartes » le neurologue António Damasio remet en question l’idée qui veut que la raison s’oppose à l’émotion. Il défend au contraire l’idée que
l’émotion soutient le raisonnement en lui apportant des repères qui facilitent les choix en cas de forte incertitude.
Fin le 29_12_2025
Dans un autre ouvrage, « L’Autre moi-même. La construction du cerveau conscient » (Odile Jacob, 2010), A. Damasio développe l’idée que la conscience ne serait pas le produit des aires cérébrales les plus récentes, mais au contraire des plus anciennes, là où naissent les émotions.
Ces émotions, Antonio Damasio en distingue trois catégories :
- les émotions d’arrière-plan qui déterminent l’humeur générale.
- les émotions primaires, immédiates et automatiques, qui sont essentielles à la survie.
- les émotions sociales,plus discrètes, qui sont adaptées aux normes sociales et s’avèrent indispensables pour maintenir l’harmonie dans les interrelations.
En dehors de rares réactions émotionnelles incontrôlées, inadaptées ou dangereuses pour la société (fou rire incontrôlable ou acte de violence), « homo insensatus » agit généralement sous l’emprise des émotions sociales (du contrôle social)
De fait, l’émotion est omniprésente dans le cerveau.
Les chercheurs y ont identifié la succession de 5 composantes :
– l’évaluation de la situation en cours,
– l’expression motrice qui en découle (expression du visage),
– une réaction du système nerveux périphérique difficilement contrôlable (modification de la fréquence cardiaque),
– une tendance à l’action,
– le ressenti personnel et conscient qui permet alors la verbalisation de ce qui vient d’être vécu. Cette dernière met en évidence l’atténuation des réponses émotionnelles dans un but d’harmonie sociale.
Du fait de leur spontanéité, les émotions apportent des informations utiles à l’observateur, mais elles peuvent nuire à celui qui les éprouve. Elles mettent en évidence la prise de pouvoir de l’homme moderne sur tous ses comportements spontanés : sensés révéler des faiblesses ils peuvent être réprimés jusqu’à en perdre la conscience.
Ce contrôle apparaît dans le domaine politique. La gestuelle peut dévoiler la vanité et le mépris ou, au contraire, le contrôle rigoureux de toute expression émotionnelle.
On a pu penser que l’émotion crée le langage. On constate dans les faits que l’émotion influe sur la respiration et que, dans certains cas,
souffrance et respiration aboutissent à des sons.
C’est ainsi que la vocalisation peut accompagner l’émotion. Le langage apparaîtra plus tard, lors du passage de la vie solitaire à la vie en collectivité.
Bien plus tard encore, ce même langage va tendre à supplanter l’émotion remplacée par de nouvelles règles de conduite.
En conclusion, on peut affirmer que l’être humain possède deux modes de communication : l’un qui s’exprime par des mimiques, une gestuelle et des comportements, l’autre qui s’exprime par le langage articulé.
En accompagnant l’apprentissage des règles, le langage parvient à imposer son contrôle sur l’ensemble des mouvements biologiques, qu’il s’agisse d’émotions ou de réflexes de survie comme l’instinct de conservation.
Faire le sacrifice de sa vie impose
la mise en sommeil de l’instinct le plus important sélectionné par l’évolution :
l’instinct de survie.
(Verdun 1916 : soldats à l’assaut).
En découvrant que la gestuelle est la première forme d’expression des enfants, et qu’elle accompagne les émotions, nous pouvons déterminer une succession d’événements qui découlent les uns des autres :
- Le cerveau construit des images recueillies par la vision,
- Ces images permettent de s’insérer dans le monde vivant,
- Les gestes qui en découlent délivrent d’autres images qui traduisent un vécu intérieur,
- Au cours du sommeil paradoxal, les rêves, par leurs images, nous font pénétrer dans notre vécu intérieur… Mais comment déterminer leur sens ?
On pourrait alors considérer que les émotions constituent la personnalité (l’identité-l’état) première de l’hommeOn pourrait alors considérer que les émotions constituent la personnalité (l’identité-l’état) première de l’homme
Les émotions ne pourraient-elles alors être considérées non pas comme une seconde nature, mais bien comme la nature première de l’homme ?
Après avoir étudié la communication humaine à partir des comportements adultes et des capacités innées des enfants, nous allons donc tenter d’explorer le langage vocal et les modes d’expression de notre ancêtre sapiens, de ses cousins proches comme «
neandertal » et de nos petits cousins primates.
« Si homo insensatus excelle aujourd'hui dans l'usage de tous les langages abstraits,
il semble chaque jour peiner davantage dans l'exercice du langage de l'âme. »
- La communication chez homo sapiens :
(bientôt)
Bibliographie :