« La conscience est la dernière et la plus tardive évolution de la vie organique,
et, par conséquent, ce qu'il y a de moins accompli et de plus fragile en elle. »
Friedrich Nietzsche.




Evolution des langages
sous le regard des civilisations antiques.





1 – L’évolution de la communication, de la matière à l’homme :

    Avant d’aborder le texte de la tour de Babel qui nous est parvenu par l’intermédiaire de la Bible, intéressons-nous à l’origine de cette tour.
    Comme la plupart des récits bibliques inspirés de l’histoire du Moyen-Orient, le mythe de la tour de Babel a probablement été inspiré par la grande ziggurat de Babylone, construite par Nabuchodonosor II en l’honneur du dieu Marduk.

« Je m’appliquai à élever l’Etemenanki pour faire rivaliser son sommet avec le ciel. (…) J’érigeai sa base sur une hauteur de 30 coudées. Un temple haut, une chapelle sainte, j’érigeai pour Marduk, mon seigneur, au dernier étage, avec art ».
    La tour était donc élaborée comme une construction reliant la terre des hommes au monde divin.

    Lorsque les populations du royaume de Juda furent déportées dans le royaume de Babylone à partir des années 586 avant J.C., elles mirent certainement en relation leur exil et la grandeur de cet édifice.
    De plus, à l’époque de la construction de la tour, la ville de Babylone était plurilingue : on y parlait l’akkadien et l’araméen, ainsi que les langues des populations en provenance des territoires conquis. En rendant difficile la communication, cette multitude de langue a pu inspirer la relation de cause à effet entre cette tour dressée vers le ciel et une malédiction divine concernant le langage.
https://archeologie.culture.fr/orient-cuneiforme/fr/mythe-tour-babel

    De nos jours, rien ne subsiste de ce bâtiment mythique, mais son empreinte sur le sol, un carré de 90 mètres de côté, demeure visible sur les photos aériennes.
ziggurat de babylone.
Vue aérienne de la base de la ziggurat carrée de Babylone.

    L’iconographie d’une stèle de pierre provenant vraisemblablement de Babylone conforte ces données : elle représente une ziggurat de 6 étages surmontée d’un temple sous le regard de Nabuchodonosor.

stèle d'une ziggourat de 6 étages
    Une fois comprises les circonstances de l’apparition du mythe, parcourons maintenant son texte, et suivons son développement pour comprendre les processus de pensée qui ont pu le structurer.

    Nous avons vu que le premier système utilisé par notre cerveau pour comprendre les phénomènes nouveaux est d’établir des analogies : l’élément nouveau, incompréhensible au départ, est abordé en le comparant à un autre phénomène déjà explicité. Ainsi, la structure de l’atome, inabordable au départ par les moyens de la science, a pu être comprise en la comparant à un système planétaire [cf : Le domaine de l'intuition].

Le penseur et l'atome.
Archimède et l'atome.
    Aussi, puisque nous pouvons constater que, déjà, les Babyloniens savaient manipuler les symboles et construire une tour exprimant leur lien avec les dieux, c’est en utilisant le même processus de pensée qu’il nous sera possible de comprendre comment les peuples de cette région ont décrit l’évolution humaine et l’ont exprimée à travers le mythe de la tour de Babel (Genèse. 11, 1- 9).

    Tirer parti de textes aussi anciens est-il justifié pour parvenir à comprendre le langage des rêves, d’autant plus que les textes originaux ont subi de nombreuses et inévitables altérations au fil des traductions ?
Ce ne serait évidemment pas raisonnable s’il s’agissait de comprendre le sommeil paradoxal. Dans ce domaine, la rigueur de la science est indispensable.

    Mais l’intérêt de ce mythe est que, malgré les altérations subies, il ait été conservé comme une œuvre majeure illustrant l’évolution du vivant, de ses créations, et de ses moyens de communication.
Or, nous avons déjà constaté avec étonnement combien certaines intuitions humaines, conservées des millénaires durant, pouvaient être très proches des dernières découvertes scientifiques qui décrivent l’évolution [cf : la genèse].

Reprenons donc, aujourd’hui, le mythe de Babel. Que nous raconte-t-il sur l’évolution des langages ?




A – Le langage universel :

Gn 11,1 : La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots.

    Que signifient les mots « « Terre entière » ?
Dans ce passage, on constate immédiatement qu’il n’est pas spécifié qu’il s’agit de l’homme.
En faisant une lecture littérale de cette expression, serait-il possible que tous les êtres vivants soient concernés, y compris la matière ? En effet, au sein de la matière, minérale ou organique, existent des forces de liaison comme autant de moyens de « communication » qui assurent la réorganisation, l’assemblage et la stabilité des composants.

    Les espèces vivantes les plus primitives possèdent elles-aussi les moyens d’appréhender leur environnement et d’interagir avec lui, sans même avoir déjà développé un système nerveux capable d’imaginer d’autres mondes.

    Dieu lui-même n’est pas encore évoqué. Son absence va dans le sens d’une évolution qui n’a pas encore abouti à l’apparition de l’homme.





Gn 11,1 : La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots.

    Quelle pourrait être cette langue ?
Doit-on parler de langue ou, de façon plus générale, de moyens de communication ?

    1 - Les échanges et les transformations au sein de la matière permettent de saisir que le monde inanimé évolue lui aussi.
Il se complexifie, et chaque nouvel élément de matière, en se liant avec d’autres éléments, forme de nouveaux composants, différents par leurs caractéristiques.
Entre ces différents composants s’établissent en effet des forces de cohésion [cf : matiere et conscience], et ce langage pourrait être le langage mathématique, qui exprime une communication universelle, puisqu’il permet de comprendre le « comportement » de l’univers qui nous entoure.

La loi de Coulomb.
La formule mathématique « informe » le physicien
de la manière dont les particules « communiquent » entre elles.

    2 - Au niveau des espèces vivantes, comme nous avons pu le voir, les moyens de communication sont variés (chimiques, tactiles, odorants...) [cf : l'édifice de la conscience]. Ces moyens, dépendant des caractéristiques de molécules, relèvent aussi du langage mathématique.
Toutefois, il est difficile de classer dans le même domaine bactéries, insectes, et espèces évoluées, car on ne peut discerner de réaction émotionnelle ou réfléchie chez les bactéries ou les insectes, même si les réactions de fuite ou d’attirance sont identiques pour tous,
Aussi, si l’on ne peut parler de « langage commun » au sens ou nous entendons le mot « langage », on doit reconnaître qu’il existe une communication comportementale et gestuelle universelle.

    3 – A l’autre bout de la chaîne, chez les espèces les plus évoluées, on constate l’apparition d’un langage primitif à base de vocalises qui atteindra son plein développement chez l’homme.
Toutefois, si le langage verbal de l’homme apparaît comme le plus abouti, il demeure le propre de l’homme, et possède deux points faibles : il appauvrit la perception sensible directe [cf : Le développement de la conscience] et, du fait de son extrême variété, peut limiter les échanges. Il semble devoir être exclu comme moyen de communication universel.

Incompréhension
    4 - Pourtant, une piste semble s’ouvrir: les chercheurs découvrent, en effet, de plus en plus d’espèces capables d’exprimer des émotions [cf : la daurade], et chacun de nous, en contact avec des animaux familiers a pu faire l’expérience d’une communication émotionnelle et saisir le sens de leurs expressions et attitudes. Il en va de même avec les animaux dits « sauvages » [cf : retrouvailles].

Tendresse animale.
Tendresse entre une mère et son enfant.
Tendresse d'une femelle chimpanzé et son petit.
L’être humain perçoit chaque comportement sous la forme d’une émotion.

    Inversement, l’animal décode parfaitement les intentions humaines, et il sait même adapter son comportement à celui de son maître.

Agressivité.

    Chez les espèces évoluées, un cas demeure à part, celui des reptiles qui demeurent inexpressifs, bien que leurs attitudes puissent être tout à fait compréhensibles et perçues comme un danger potentiel.

Crocodile.
Cobra.
        A ce stade, nous pouvons donc observer, chez tous les animaux évolués, un langage universel des attitudes et des gestes et, chez les seuls mammifères, un moyen de communication commun basé sur les expressions, signe d’un vécu émotionnel. La diversité de ces expressions leur confère de plus une richesse que ne possèdent pas les seules attitudes ou réactions.

    Sachant que le sens qui domine dans le rêve est la perception visuelle, nous possédons maintenant les principaux éléments qui concourent à l’émergence des situations qui surviennent au cours du sommeil paradoxal : la vision et les images, les émotions et les réactions. On notera que si les situations rêvées sont parfois accompagnées de mots, un véritable dialogue verbal demeure cependant occasionnel, et n'est souvent que la traduction en mots d'un vécu émotionnel.

Peur réelle.
Peur rêvée.
    Les érudits qui ont tenté d’expliquer le monde, à cette époque reculée de l’histoire de la Mésopotamie, le connaissaient certainement davantage à partir de ce qu’ils en ressentaient plutôt qu’à partir de preuves établies.
Le langage universel qu’ils évoquaient pourrait donc être assimilé à l’expression des émotions qui sont identiques quels que soient les sons émis pour exprimer le vécu, ou quels que soient les mots prononcés pour le décrire.

Souris qui détale.
Le loup et l'agneau.
Les comportements,
les sons,


Cauchemar
ou les mots,
peuvent traduire les mêmes émotions.

    3000 ans avant notre ère, et avant même la découverte de l’évolution par Darwin, celle-ci semble déjà un acquis des connaissances intuitives de l’homme.


« Le langage des comportements est commun à tous les êtres vivants . »





Gn 11,1 : La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots.

    Les premiers sons, ébauches d’un langage, sont ceux qui attirent en même temps le regard. Un son unique suffit, car c’est la sensation produite qui se traduit en langage. La capacité d’entendre s’avère donc elle-aussi indispensable, et tout son perçu a valeur de communication.

Skieur sur une piste d'avalanche.
Peur devant un tigre.
Un seul son (ou « mot ») suffit...

    Le son produit par un événement (l’avalanche), tout comme le « cri » de l’animal attirent l’attention sur eux, générant immédiatement une image dans le cerveau et, chez l’homme, la construction d’une phrase : l’action s’impose.
S’ensuit une succession d’images qui n’ont plus besoin d’être communiquées par le langage : l’action s’impose.

Attaque de tigre.
...pour répondre au danger.

De même, au cours du rêve, chaque situation équivaut à une « phrase » qui peut se traduire en mots.

Avalanche menaçante.
Tigre menaçant.


    L’étude du cerveau nous a appris que l’hémisphère droit gère les mots, tandis que le gauche les organise en phrases chez les espèces les plus évoluées [cf : rôle du lobule pariétal inférieur].
En effet, un être vivant face à un danger, n’a nul besoin de le nommer pour déterminer la réaction adaptée.
Par contre, le nommer (« avalanche », « tigre »...) est important dans un contexte collectif. Le mot va alors participer d’un langage qui va évoluer et gagner en précision : ainsi, chez le mone de campbell les sons émis varient selon que le danger vient du sol ou du ciel.

    Toutes les espèces qui possèdent l’ouïe et la vision peuvent donc, à partir d’un son modulé, accéder à la connaissance de l’objet désigné par le son. Ultérieurement, lorsque l’objet aura été défini par un mot, il pourra être évoqué même en son absence.

Conte qui fait peur.
    Toutefois, comme nous avons pu le voir, lorsque le langage verbal est survenu, après avoir complété la sensation, il a contribué à la réduire [cf : Le développement de la conscience].

« Des sons différents peuvent susciter des émotions identiques. »






Gn 11,2 : Or en se déplaçant vers l'orient, les hommes découvrirent une plaine et y habitèrent.

    L’évolution des espèces a suivi son cours : les hommes sont désormais désignés, et c’est leur histoire qui est maintenant évoquée.
Cette histoire est marquée par une longue migration suivie d’une sédentarisation.

    En dehors du symbole que représente l’Orient, lieu où le soleil, source de vie, se lève, il est intéressant de constater que, 2500 ans après l’élaboration de ce texte, les recherches en paléontologie aboutissent à la même conclusion : les premiers hommes ont progressivement migré de l’Afrique vers l’orient avant de se répartir à la surface de la terre.

Carte des migrations humaines à partir de l'Afrique.


« L’évolution de l’homme s’est accompagnée d’une migration. »





Gn 11,2 : Or en se déplaçant vers l'orient, les hommes découvrirent une plaine et y habitèrent.

    Les hommes vont alors se sédentariser passant du statut de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs.
La plaine évoquée situe la région à l’origine du mythe : le sud de la Mésopotamie, une région de plaines où se pratique une agriculture reposant sur l'irrigation.

Mésopotamie.


« La sédentarisation survient après la migration. »






Gn 11,3 : Ils se dirent l'un l'autre: "allons! Moulons des briques et cuisons-les au four." Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier.

    « Allons ! » indique une décision collective vers un but commun. Le langage se développe et, grâce à lui, la société va pouvoir s’organiser.
On retrouve ici l’une des caractéristiques du langage élaboré, et sans doute la raison essentielle de son développement : décrire et organiser toutes les situations possibles impliquées par une société en expansion.
On peut observer aujourd’hui ce développement avec l’apparition de l’informatique, qui a fait naître des centaines de mots nouveaux.

« La collectivité prend le dessus sur l’individualisme. »






Gn 11,3 : Ils se dirent l'un l'autre: "allons! Moulons des briques et cuisons-les au four." Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier.

    Après la sédentarisation et le développement de l’agriculture, l’homme découvre les richesses du sol et invente la manière de transformer ces matériaux nouveaux pour subvenir à ses besoins. Son habitat se transforme aussi.
Les besoins collectifs, de plus en plus importants, nécessitent l’organisation et la répartition des tâches et favorisent l’invention et la fabrication d’outils.
Ainsi se développe la cohésion sociale et s’enrichit le langage.

Travail de la brique.
            Le feu ne sert plus seulement à se chauffer ou cuire ses aliments, il permet désormais de transformer les matériaux.

« La sédentarisation et l’organisation sociale permettent l’exploitation des richesses locales. »






Gn 11,3 : Ils se dirent l'un l'autre: "allons! Moulons des briques et cuisons-les au four." Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier.

    La construction de l’Etemenanki va profiter de cette nouvelle technologie : le matériau de base, peu résistant au temps sera recouvert de briques.


Gn 11,4 : "Allons! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel ! Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre."

Maçon batissant un mur de briques.
Porte de Babylone.
    L’accroissement de la population et le développement des technologies enrichissent le langage, et contribuent à la construction de la cité qui s’organise désormais en habitat collectif où chacun trouve sa place.
La ville concourt à la naissance de la cité-état : on ne construit plus seulement pour soi, mais on met ses aptitudes au service de la collectivité.

Village gaulois.
Les compétences de chacun sont au service de tous.

« Les constructions individuelles se regroupent dans un domaine réservé,
à l’écart des autres collectivités. »





Gn 11,4 : "Allons! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel ! Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre."

    Nous avons vu l’importance du roi dans les civilisations antiques. Investi du pouvoir du dieu dont il est le représentant dans le monde terrestre, il est aussi celui qui porte le dieu au regard de tous et, assisté des prêtres, pérennise son culte.
Une tour qui unit la terre et le ciel, et porte à son sommet la demeure du dieu, doit être bâtie. Elle sera le symbole de l’union du peuple autour de son souverain, sous la protection du dieu.

Tour de Babel et dieu Marduk.
    Le texte, après avoir décrit l’évolution de la vie sur terre, puis les migrations humaines, retrace maintenant la vie des habitants de Babylone. La technologie a amélioré les conditions de vie : en facilitant la construction de la tour, elle va permettre d’affirmer l’élan de la communauté autour d’une même identité.
La croyance en un dieu tout puissant et inaccessible s’impose en même temps que se développe la capacité d’abstraction du cerveau.

    La construction de cette ville et de cette tour revêtent une double importance : la communauté doit organiser ses efforts et, pour cela, le langage verbal est le seul capable de désigner chaque outil et de coordonner chaque action. Il se révèle indispensable mais, tandis qu’il se développe, la ville isole l’homme de son environnement naturel.

« Le langage se perfectionne avec la création des outils
et l’organisation de projets collectifs. »





Gn 11,4 : "Allons! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel! Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre."

    Après avoir forgé son identité, la communauté doit se différencier des peuples environnants. Elle va le faire en s’attribuant un nom.
Le nom soude la communauté sous la même bannière : après avoir été le nom de la tribu ou de son chef, il devient celui du royaume ou de l’empire.

Identité collective.
Identité collective.
Conscience collective.

    Le nom indique aussi que l’individu accède à la conscience de sa propre identité.

Identité individuelle.
Conscience individuelle.

    La tradition religieuse voudrait qu’en décidant de s’attribuer un nom, les hommes de Babel signifient leur volonté de s’attribuer les prérogatives de Dieu.
Cependant, on peut adopter le point de vue d’un croyant qui ne voit pas Dieu comme extérieur au monde qu’il a créé, mais comme une entité qui fait partie de toute chose, indissociable de soi et de l’Univers. Ce dernier évoluant en permanence, cette entité représente alors à la fois la Création, l’homme, et l’Evolution.

On pourrait alors affirmer qu’en se donnant un nom, l’homme vient d’évoluer et d’accéder à la conscience de soi au sein de l’Univers.

Croyance.
L’homme peut considérer l’existence d’un Créateur extérieur à ses créations.

Perception sensible.
Mais, en soi, si Dieu et Univers appartiennent
au domaine de la perception sensible, les trois ne font qu’un.

    De plus, si l’on se réfère à d’autres textes de la Bible, si Dieu nomme toutes les créations à l’origine de la vie sur Terre [cf : Genèse 1], c’est à l’homme qu’il confie la responsabilité de donner un nom aux êtres vivants, au fil de ses découvertes et du développement de ses connaissances [cf : Genèse 2].
En s'attribuant un nom, le peuple s’attribue sa propre identité : une conscience collective vient de naître.

    Nous observions jusqu’ici l’évolution de la vie sur terre avec un mode de communication commun basé sur la perception sensible, c’est-à-dire l’émotion. Nous sommes désormais en présence du langage verbal d’un être humain qui s’intègre dans une communauté de plus en plus vaste et complexe.

« Une identité collective s’impose. Le langage est son fondement. »





Gn 11,4 : "Allons! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel! Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre."

    Sous la tutelle de son souverain et de son dieu, conscient de la force que lui donne la solidarité, tout peuple se sent en sécurité, mais il pourrait être dispersé et condamné à disparaître, assimilé par d’autres peuples. Se différencier par un nom peut lui permettre de survivre à la perte de son souverain ou de son territoire.
Le vécu du peuple du royaume de Juda marque ici son empreinte dans le texte de Babel : exilé à Babylone, il doit s’attacher à ce qui constitue son identité, son nom, pour ne pas disparaître.
Aujourd’hui encore, seuls les peuples qui ont forgé leur identité et la défendent avec opiniâtreté résistent à l’assimilation et à leur disparition.

« Cependant, en se retranchant dans une ville,
le groupe renonce aussi à évoluer dans le monde. »





B – La porte de l'évolution :

Gn 11,5 : Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam.

Contrôle des réalisations humaines.
    Ce verset semble un verset charnière : le pouvoir évoqué n’est plus représenté par le souverain, mais par le dieu.
Un événement important s’annonce : comme un changement ne peut survenir sans initiateur, un « Dieu-Seigneur », présent bien qu’inaccessible, devient indispensable.
L’évolution de la communauté ne se fait plus seulement sous des directives humaines, elle se fait sous l’égide d’un pouvoir tout puissant qui échappe au contrôle de l’homme.
Ce pouvoir n’est pas sans évoquer celui du souverain régnant. En effet, si l’ensemble du texte traite de l’influence du dieu sur son peuple, l’analogie avec le souverain qui peut temporairement quitter sa capitale pour se rendre compte des réalisations de ses sujets est bien présente.

    Dieu, tout comme le roi devenu inaccessible dans sa lointaine capitale, n’existe pas avec son peuple, il existe en dehors de lui, le domine et le surveille.

Babylone


« L’apparition d’une nouvelle forme de conscience se dessine. »





Gn 11,5 : Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam.

    Parallèlement au pouvoir temporel, le pouvoir spirituel s’impose donc, sous la forme d’un dieu différent de ses prédécesseurs : il n’est plus seulement présent dans le monde de l’homme par des représentations qui peuvent être détruites et marquent ses faiblesses, il surveille les agissements de son peuple.

Contrôle de l'autorité.


« L’homme peut juger ses actes,
mais il l’exprime par le biais d’une entité extérieure. »





Gn 11,5 : Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam.

    Adam, né de cette argile qui a donné vie à tous les habitants de la terre, appartient au passé. Désormais, ce sont ses descendants qui sont observés, à la fin d’un long processus de transformation. Ce passage parle d’une nouvelle étape de l’évolution.
L’apparition de la vie, qui a cheminé jusqu’à l’avènement de l’homme, parvient à un tournant : si, au départ, les êtres vivants possédaient un comportement parfaitement adapté à la survie (se nourrir, se protéger, coopérer, se reproduire...), désormais, le développement de leurs capacités cognitives leur permet de répondre à d’autres besoins.
De plus, par l’intermédiaire de leur dieu, ils ont acquis une nouvelle compétence : la capacité de juger leurs actes et leurs réalisations .

Interrogation.

    Ils sont non seulement des bâtisseurs, mais aussi ces fils de la Terre qui ont mûri au cours du temps.
Des choix leur deviennent désormais possibles. L’homme pourrait échapper à la tutelle de ses princes, comme de ses dieux parentaux et acquérir la capacité de penser et d’agir par lui-même.

Responsabilité.

    Une conscience centrée sur soi existe désormais chez l’homme, en parallèle d’une conscience de ses capacités de transformation du monde.
Toutefois, après une longue soumission au jugement d’une autorité hiérarchique, le souverain, son jugement a encore besoin de passer par une autorité, le dieu, qu’il s’est lui-même accordée.

« Par l’intermédiaire de cette entité extérieure,
la nouvelle génération des bâtisseurs de la ville s’interroge sur ses réalisations. »





Gn 11,6 : "Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue, et c'est là leur première œuvre! Maintenant, rien de ce qu'ils projettent de faire ne leur sera inaccessible!

    Le langage verbal est en place, il soude les hommes au sein d’une même communauté sous la conduite d’une autorité qui décide du langage commun et des conduites à tenir.


« Les hommes découvrent qu’en s’isolant… »





Gn 11,6 : "Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue, et c'est là leur première œuvre ! Maintenant, rien de ce qu'ils projettent de faire ne leur sera inaccessible!"

    L’homme est devenu conscient de lui-même et de ses actes, mais comment se juge-t-il désormais par l’intermédiaire de son dieu ? Quel constat fait-il de ses réalisations ?
Il se découvre capable d’organisation et de coopération avec les autres, il sait bâtir des édifices extraordinaires à la hauteur de ses ambitions, mais sa « première œuvre » n’est-elle pas une œuvre inutile ? Dieu existe-t-il davantage dans cet édifice que dans sa Création ?

Conscience sensible.

Conscience rationnelle.

    De plus, on constate une divergence entre deux tendances au sein du vivant :
    - d’un côté une humanité consciente de ses nouvelles capacités, mais trop tournée encore vers le passé,
    - de l’autre, la pression de l’Evolution qui la pousse à reprendre son chemin dans la vie et dans la connaissance.

Magicien.
Décalage entre les signes astrologiques et les constellations astronomiques.
Demeurer fixé sur une connaissance du passé (magie, astrologie...)...

Tour de Babel.
...ou entreprendre une réalisation démesurée,

Nébuleuse de la tête de cheval.
Scientifique examinant des bacilles de Koch au microscope.
....empêche de s’ouvrir sur la découverte de l’Univers et de la vie.

Les trous noirs M87* et SgrA*.
La connaissance est toujours inachevée.

    L’évolution seule permet de garder l’esprit ouvert : chaque point de l’horizon est une voie de découverte, d’apprentissage et de transformation.
Dieu apparaît maintenant comme l’expression d’une Evolution qui ouvre sur une véritable conscience, ouverte sur soi et le monde.

Se connaître grâce à l’autre n’est qu’un premier pas
sur le long chemin de l’Evolution.

    Mais cette conscience n’est pas totalement acquise : en projetant ses jugements sur le monde par l’intermédiaire d’une entité extérieure, l’homme produit des « vérités » qui ne sont que l’expression de ses propres certitudes.
N’oublions pas cette caractéristique de l’esprit humain qui est de justifier ses actes en attribuant à Dieu ses propres pensées (cf : la pensée autoréférentielle).

Commandement de Dieu.

Commandement de Dieu.

Les préceptes de Dieu seraient-ils incohérents ?


Ce « Dieu-esprit » ne serait-il qu’une projection de la pensée de l’homme, illustrant la façon dont fonctionne son esprit ?

« … ils s’attachent à des connaissances dépassées
qui les empêche de s’ouvrir sur la découverte de l’Univers et de la vie. »






Gn 11,6 : Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue, et c'est là leur première œuvre! Maintenant, rien de ce qu'ils projettent de faire ne leur sera inaccessible !

    En ayant acquis la conscience de ses capacités de réalisation, l’homme a également acquis la conscience de ses pouvoirs.
Ce jugement, prêté à Dieu dans cette phrase, n’est pas arbitraire. Il relève d’une juste constatation : en possédant à la fois la sensibilité et la capacité d’organisation, l’homme possède tous les pouvoirs.

Paysge au bord d'un fleuve.
Si tous les gars du monde décisaient de se donner la main.

    Toutefois, le fait de prêter ses jugements à une entité transcendante montre qu’il ne possède pas encore la capacité de penser par lui-même.
De plus, s’il a acquis la conscience de son pouvoir, il n’a pas encore pris conscience du danger qu’il fait peser sur la vie, car il en a perdu le respect.
L’évolution de l’homme n’est pas encore achevée.

« Une collectivité soudée donne le pouvoir de réaliser tous ses désirs. »





Gn 11,7 : "Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns des autres!"

    On pourrait considérer que cette phrase marque l’apparition du dieu des hébreux. Après avoir constaté que les hommes entreprennent de rivaliser avec lui par un ouvrage grandiose à la gloire d’un autre dieu, il décide de révéler sa toute puissance en châtiant les hommes.
N’oublions pas que la tour a été construite en hommage au dieu Marduk qui ne peut pas juger négativement le monument bâti pour le célébrer. Par contre, le dieu des hébreux est à même de juger le monument édifié pour un rival.
Le dieu des hébreux, qui châtie son propre peuple, succède ainsi aux dieux antérieurs qui avaient au contraire un rôle protecteur.

    Une autre transformation de la pensée humaine survient. Jusqu’alors, c’était au souverain, investi du pouvoir divin, de faire respecter les volontés divines. Désormais, le dieu va s’imposer, d’autant plus que, n’étant pas représenté par des images, il échappe ainsi au pouvoir de l’homme.

Pourquoi ce dieu s’en prend-il alors au langage verbal ?

Pour le comprendre, examinons l’enchaînement des événements.
    - Si le langage verbal est brouillé, la communication devient impossible entre les hommes, et le pouvoir du groupe s’affaiblit,
    - Sans le pouvoir, il devient impossible d’imposer sa vision à une autre communauté.
    - Pourtant les besoins vitaux subsistent, et les échanges demeurent indispensables.
    - C’est grâce au retour de la perception sensible, source de l’empathie, que les échanges vont redevenir possibles.
Ils vont amener à connaître l’autre, apprécier sa complémentarité, et apprendre de lui ce que nous ignorions.

Voleur interpelé par un agent de police.
On peut s’approprier des richesses...

Enfants qui s'offrent des cadeaux.
...ou les partager.

    La décision du dieu, évoquée ici, n’est donc pas une décision arbitraire, elle traduit seulement le fonctionnement de l’homme en société. L’accroissement de la population amplifie les différences de points de vue, en même temps que les certitudes de chacun se renforcent [cf : ce qui est le plus diffusé est forcément vrai. »].
Mais les différences génèrent des conflits qui peuvent entraîner la dispersion des peuples et l’évolution des langages.

    Ce mécanisme peut s’observer au sein d’une nation : des partis aux aspirations diverses se forment et s’opposent au sein de l'Etat et de son gouvernement, chacun tentant de faire prévaloir son point de vue. Dans le cas d’un état démocratique les débats aboutissent le plus souvent à un consensus qui ne satisfait personne, mais où chacun y trouve son intérêt.
Dans le cas d’un état totalitaire l’oppression subie impose bien souvent au peuple de se réfugier dans des contrées voisines où existe la liberté d’expression.

Dispersion d'un peuple soumis à l'épreuve de la guerre.

Résistance à l’assimilation ou fuite marquent
la maturité de la conscience de soi et de l’identité.

    C‘est alors que la communication peut reprendre, grâce à l’empathie, malgré les différences de langue.
Chacun peut ainsi s’enrichir d’un accueil, d’une confiance et d’un partage de savoir et de culture.
Aujourd’hui encore, deux mondes différents vivent en parallèle, l’un figé sur son passé, l’autre poursuivant son évolution tant bien que mal grâce à la richesse de chacun.

    C’est ainsi que l’apparente « punition » imposée par le « Dieu-princier » s’efface au profit d’une pensée qui mûrit sous la houlette du « Dieu-Evolution ».

Nous retrouvons dans ce mythe le déroulement même de l’évolution.
    - L’individu est passé du langage émotionnel à l’origine du sens moral, au langage verbal de l’adulte.
    - De leur côté, les sociétés sont passées d’une connaissance utile à leur vie, à un savoir figé par les écrits. Chez elles, le langage verbal ne traduit plus une communication universelle, mais marque la multiplicité des cultures et des avis personnels.

Panneaux de signalisation des langues..
Carte de l'Europe des langues.
    On constate donc, au fil des siècles, que les pensées de l’homme et sa façon d’appréhender le monde ont changé. C’est ainsi que nous avons pu observer le cheminement des croyances, depuis l’existence d’un monde vivant au sein duquel chaque chose possédait une âme, jusqu’aux dieux multiples précédant l’apparition d’un dieu majeur.

Génie de la nature.
La nature est vivante.

Dieux égyptiens et grec
Les dieux se multiplient sous des formes diverses, respectant les aspects animaux ou humains.

El et Ashera.
Un couple de dieux émerge : El et Ashera.

Yaweh
Un dieu unique s’impose.

    Plus près de nous, et sous l’impulsion de personnalités mues par leur sensibilité et leur désir de partager un monde meilleur, l’évolution du dieu unique lui-même s’est poursuivie. Ses directives se sont faites plus proches des souhaits humains.
Ainsi, Jésus et Muhammad, les deux prophètes qui ont fait changer le statut de la femme et de l’enfant, ont laissé une trace dans l’histoire.

    Mais nombreux sont ceux qui n’ont pas saisi leur message et sont demeurés figés sur des connaissances dont beaucoup sont aujourd’hui dépassées.

L'enseignement des prophetes qui ont transformé leur époque.
L’évolution de la pensée n’empêche pas...

L'arrêt de l'évolution morale des sociétés.
...la stagnation des croyances...

Conflits de croyances.
...et les conflits.

    En effet, un pouvoir en place édicte ses lois à la fois pour assembler le peuple et pour asseoir son autorité. Maintenu en état de soumission, le peuple demeure immature et peine alors à exercer son esprit critique. Même la réalité des faits, dont nous avons vu l’importance dans le développement de l’enfant peut lui échapper.

    Dans le mythe de la tour de Babel, Dieu précédemment décrit comme un pur esprit, créateur de l’univers et des étapes de son évolution [Genèse 1], pourrait désormais apparaître comme le symbole d’une Evolution qui impose sans cesse à l’homme des directions autres que celles qu’il a consciemment choisies. En effet, pour s’ouvrir à une pleine conscience, l’homme ne peut se contenter de fixer son regard sur un seul objectif et sur des connaissances figées par ses certitudes.
Quant à la diversité des points de vue, si elle nuit à la communication, elle est aussi source de partage d’une infinité de connaissances.

La décision du dieu relance ici l’évolution de l’homme dans la connaissance de ce qu’il est et du monde dans lequel il vit.

Yann Arthus Bertrand : La terre vue du ciel.
Peinture de Folon.
L'homme à la redécouverte du monde.

    Le thème de ce mythe nous éclaire alors : il s’agit d’abandonner ses œillères pour ouvrir ses yeux sur une infinité d’espaces différents.
Son enseignement rejoint celui du Paradis terrestre qui nous apprend que l’homme doit quitter le lieu rassurant de son éducation et de ses habitudes sous l’égide d’une autorité, pour s’engager résolument dans le monde de la vie.
Ce mythe rejoint également celui de la descente de l’esprit saint sur les apôtres : posséder un « esprit sain » implique la possibilité de s’ouvrir à toutes les rencontres, à toutes les manières de penser et de ressentir en soi l’étendue de la vie.

    Un seul langage permet d’y parvenir : celui de la sensibilité dont les émotions nous font pénétrer à l’intérieur même du sens des gestes et des expressions de nos semblables, et de tout être vivant, sans même avoir recours au langage verbal.


« L’évolution de l’homme s’est arrêtée.
Seule l’ouverture sur le monde peut faire renaître l’empathie,
développer l’esprit critique et accroître la conscience. »





Gn 11,8 : De là le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

    L’évolution reprend car elle s’était engagée dans une impasse, celle d’objectifs qui avaient fait oublier ce qu’est la vie.

Les constructions humaines aboutissent parfois à des impasses.

    Ce faisant, l’homme aborde une nouvelle étape de son évolution vers une conscience élargie.
Elle va consister à découvrir le monde, la diversité des croyances et des cultures humaines, et l’humanité au delà des couleurs de peau.

Les adaptations de populations dans le monde.
En migrant hors d'Afrique, les humains ont dû s'adapter à des milieux très différents :
à l’ensoleillement, à l’altitude ou à la température (façon de se vêtir).
La diversification des langages a complété ces transformations physiques.

    En effet, si le premier mode de survie a été l’union et la coopération, qui favorisent l’efficacité et la force, les circonstances peuvent amener les générations nouvelles à quitter la protection familiale et sociale, pour découvrir de nouveaux horizons, rechercher un nouveau territoire où fuir des conflits.
Aucune espèce n’échappe à ce phénomène.

    Quitter son pays d’origine est comparable au sevrage qui permet à l’enfant de s’affranchir de l’influence de ses parents pour vivre ses propres expériences et acquérir sa propre identité.

« L’homme repart à la découverte du monde et de la vie. »





Gn 11,8 : De là le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

    Si l’on observe le déroulement de l’évolution, on constate que la coordination des activités humaines en société impose l’établissement de règles.
La ville apparaît comme l’étape de l’évolution dans laquelle les règles, après s’être imposées comme moyen de communication et de cohésion, deviennent contraignantes puisque tout doit y être organisé : les trottoirs pour les piétons, les véhicules et leurs voies tracées, les palais pour l’empereur, les tours et les temples pour les dieux.
Mais trop de contraintes exaspèrent le côté instinctif et individualiste qui persiste en chaque homme.

Véhicule arrêté à un feu rouge.
Chauffeur énervé.
    Pourquoi cessèrent-ils alors de bâtir la ville ?
Lorsque les travaux cessent, les yeux peuvent enfin se poser sur l’œuvre accomplie et sur le monde existant.
Cette étape pourrait être la dernière : après la structuration de l’identité, vient celle de la découverte de l’autre et de son humanité au-delà des différences d’aspect, de croyances et de cultures.

Les populations du monde et leur culture.
Connaissance de soi, du monde et de ses habitants.


« L'homme cesse de se protéger derrière des murs. »





Gn 11,9 : Aussi lui donna-t-on le nom de Babel, car c'est là que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre, et c'est de là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre.

    Le nom Babel vient de bâb-ili, qui désigne la ville de Babylone, et signifie « Porte du dieu ».

    Nous avons vu que le fait de nommer marque une transformation importante dans le cours de l’évolution humaine, puisque la communication émotionnelle n’imposait pas de donner un nom à ce qui était ressenti.
Dans ce texte, donner un nom au changement qui vient de se produire indique que les hommes sont désormais dirigés par une conscience nouvelle, capable d’analyser le présent, et de reconnaître les erreurs commises pour se diriger vers de nouveaux horizons.

    Babel, nous l’avons vu, signifie « Porte du dieu ». Etant donné que nous avons assimilé ce dieu à l’évolution, Babel pourrait devenir la « Porte de l’Evolution ».

Le monde rationnel et le monde sensible.
La vie dans les règles – la vie dans le monde.


« L’évolution reprend où elle s’était arrêtée. »





Gn 11,9 : Aussi lui donna-t-on le nom de Babel, car c'est là que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre, et c'est de là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre.

    Jusqu’à ce jour, aucune civilisation n’a pu échapper à son déclin, que ce soit par les catastrophes naturelles, les conflits guerriers ou la désorganisation du pouvoir.
L’évolution organisée cesse alors, les motivations et les buts anciens s’évanouissent : les peuples se dispersent de par le monde, ce qui va entraîner la diversification des langues.
Une vie nouvelle s’ouvre sur l’inconnu.

    On constate alors, dans l’analyse chronologique de ce mythe, que l’évolution de l’homme est passée par une migration et la découverte du monde.
Mais l’instauration d’habitudes de vie et la structuration de la pensée au cours de la sédentarisation se révèlent être un échec.
L’évolution doit donc reprendre tout en suivant les mêmes étapes : dispersion, c’est-à-dire migrations et nouvelle découverte du monde.

L'évolution des sociétés humaines.
Evolution des sociétés humaines.

L'évolution de la conscience de l'homme.
Evolution de la conscience chez l'homme.

    La richesse des peuples se construit désormais, non plus dans la pensée monolithique, mais dans une variété de situations où chacun est à même d’enrichir ses voisins de ses propres découvertes.

    La Porte du dieu, devenue Porte de l’évolution, indique cette ouverture vers la conscience.

«Si l’homme ne peut plus communiquer par le langage,
il va devoir recouvrer sa sensibilité, seul gage de communication universelle…»






Quel est donc le véritable sens de ces textes, conservés dans la mémoire de l’humanité durant des millénaires ?

.................?................. Celui retenu par les croyances d’une communauté ?..........?...........

.................?.................. Ces textes ont-ils été dictés par un dieu ?.........

..... ?.... Traduisent-ils plus simplement les découvertes des hommes de cette lointaine époque ?...............

.......... ?........Le sens qui leur est donné aujourd’hui dans cette page...     ...est-il le bon ?................

........................................Qui pourrait le dire ?....................................

Plus sûrement, ces textes nous montrent que la connaissance humaine peut évoluer avec le temps.............

................................ou qu’elle peut se figer dans le temps !......................................







personnage qui dit au revoir




2 - Le voyage des mages : (bientôt)


Bibliographie :