A - Pensée instinctive (cerveau instinctif) :
Issue de la sélection impitoyable imposée par l'évolution, cette forme de "pensée" (mais peut-on déjà parler de pensée à ce stade ?) aurait pour support un centre regroupant les principales fonctions adaptatives à l'environnement : attaque, fuite, franchissement ou évitement des obstacles, sexualité déclenchée à certaines périodes climatiques bien précises.
Immuables, toutes ces adaptations ne nécessitent
pas d'apprentissage : sorties de l'œuf, les tortues marines savent automatiquement se diriger vers la mer sans guide parental, et ont un support uniquement génétique.
Ces automatismes, adaptés à l'environnement pour une espèce considérée ont, pour support, le
paléoencéphale et l'ensemble des espèces parvenues à ce stade est regroupé au sein des vertébrés inférieurs
poïkilothermes où nous retrouvons, entre autre, les reptiles, dont les réactions programmées constituent la "pensée" instinctive.
Nous donnerons dans cette étude le nom de
cerveau reptilien ou
cerveau instinctif à ces zones primitives pour mieux comprendre par quel mécanisme les animaux à sang froid ne rêvent pas.
B - Pensée animale (cerveau animal) :
A un certain stade de l'évolution, la majorité des reptiles a disparu, laissant la place aux mammifères, sans qu'il soit permis de savoir quelles conditions ont favorisé ce développement.
Peut-être ce nouveau règne animal a-t-il tout simplement été sélectionné par les lois de l'évolution, parce qu'il était plus adaptable à l'environnement.
Alors que les géniteurs des animaux à sang froid abandonnent leur progéniture aux aléas de la vie, les imperfections de l'adaptation étant compensées par le nombre, les mammifères présentent une caractéristique essentielle : les petits, immatures à leur naissance, doivent être protégés. Cette protection fait apparaître une autre caractéristique qui semble être primordiale : durant la phase de protection, le petit, au contact du ou des géniteurs, va apprendre l'intégration au groupe et l'acquisition de règles nouvelles : les lois de la meute ou du troupeau pour résister et survivre à l'environnement hostile.
Le néo-cortex développe deux zones distinctes (fig.9) :
- l'hémisphère droit, siège des affects,
- l'hémisphère gauche, siège de la logique.
Pour qu'il y ait équilibre dans la vie, il est nécessaire que ces deux régions fonctionnent en étroite collaboration.
Alors que le paléoencéphale ou cerveau reptilien servait à la réaction en étroite relation avec les zones inférieures du tronc nerveux réflexe, ce néo-cortex tient toujours compte des bases instinctives brutes installées par l'évolution, mais il s'en dissocie dans le cas particulier des liens sociaux.
Bien que ne se différenciant pas biologiquement du cerveau humain, nous désignerons, dans cette étude, sous le nom de pensée animale, toutes les formes de pensée non rationnelle intégrant les adaptations sociales à la vie, et sous le terme de cerveau animal, les structures nerveuses qui leur servent de support au sein du néo-cortex.
C - Pensée humaine (cerveau rationnel) :
Enfin, au terme de l'évolution, apparaît l'homme. L'adaptation à de nouvelles règles sociales apparues chez le vertébré supérieur homéotherme (mammifère au sein de la meute et du troupeau, oiseau au sein de la nuée) se développe encore plus.
Les "règles sociales" qui rajoutaient un comportement nouveau chez les vertébrés supérieurs non humains deviennent les "contraintes sociales" qui excluent tout comportement s'écartant des normes établies par la société.
La nature elle-même est exclue en tant que lieu de vie pour devenir une propriété transformée à son propre usage, bien souvent en dehors de tout respect des lois de la vie.
Un nouveau module de la pensée apparaît donc chez l'homme, tendant à exclure les régions précédemment sélectionnées par l'évolution. Nous appellerons pensée rationnelle les mécanismes de pensée contraints par les règles sociales rigides de l'homme, et cerveau rationnel les supports nerveux de cette forme de pensée, bien qu'il n'y ait aucune différence neurobiologique entre les cerveaux animal et humain en dehors de certaines zones spécialisées comme, en particulier, celle du langage.
D - Cerveau rationnel :
Existe-t-il en tant qu'entité fonctionnelle, c'est-à-dire comme une structure localisable à l'intérieur du cerveau humain ?
Si la figure précédente semble dédier au cerveau rationnel un espace de localisation à l'intérieur de l'encéphale, il faut se garder de tirer des conclusions hâtives de ce qui n'est qu'un schéma explicatif, et se poser la question sur ce qu'est réellement ce cerveau rationnel.
En réalité il n'est pas lié à une aire géographique bien délimitée de l'encéphale _et en ce sens et à juste titre aucune étude scientifique n'a pu le localiser et ne le localisera sans doute jamais_ mais à un
type de fonctionnement associatif de neurones à l'intérieur de ce que nous avons appelé le "cerveau animal".
Les circuits de l'"esprit animal" à l'intérieur du cerveau peuvent être comparés aux circuits de déplacement des animaux dans le monde de la nature : les animaux utilisent
tout l'espace.
Le fonctionnement de la raison peut être comparé à celui des véhicules construits par l'homme, qui ne peuvent utiliser que les routes et les autoroutes. Pour les véhicules terrestres, seules des
voies bien définies par les "lois" du code de la route sont autorisées. Pour les structures de la raison à l'intérieur du cerveau, nous parlerons de code du comportement.
D'autre part, dans le règne animal, seul l'homme, grâce à ses découvertes technologiques, peut s'affranchir des lois de la pesanteur auxquelles est soumise la vie naturelle. En revanche les lois de la gravitation imposent des règles très strictes, et seule la raison peut se permettre de s'abstraire du monde concret, justement parce qu'elle même obéit à des lois très strictes.
De toute manière, pour parcourir le monde de la terre ou les abstractions de l'espace, aucune pensée ne peut s'extraire des lois "mathématiques" de la nature, celles de la surface terrestre, ou celles des courbures de l'espace hors de l'attraction terrestre.
La seule différence entre l'"esprit animal" et l'"esprit rationnel" est que l'un peut
tout explorer de la vie sauf s'en abstraire, et que l'autre peut y échapper, mais les
chemins de l'abstraction sont
limités par des lois incontournables.